Revenons à ce trait.
Ce qui nait : une histoire.
Ce qui nait : une forme.
La forme est une histoire comme le rien était déjà le commencement d’une narration.
Faire ce trait, c’est déjà décider (inconsciemment ou non) de proposer un sens de lecture. C’est souligner une expressivité, la déposer, l’esquisser… Le trait est l’avènement du signe.
C’est aussi un signal du concret. Sa matérialisation évoque l’objectivation de l’esprit, dans cette apparition il prend forme, et finalement on aperçoit un début d’invisible.
On exprime de l’abstraction.
D’ailleurs qu’est-ce que l’abstraction qui fait tant peur ?
Ce n’est rien d’autre que de la matérialisation d’une idée, d’un état, d’un choix. Ce qui est abstrait a bien souvent comme support des références très concrètes. Le procès facile intenté à cette forme créative (en dehors de l’expression du goût – j’aime, j’aime pas – qui n’a rien d’universel) est une solution facile. Il exprime le refus de se demander pourquoi je ne reconnais rien, l’expression de ma complaisance à rester habituer à voir ce que mes yeux sélectionnent pour ne pas m’inquiéter. Ce n’est souvent rien d’autre qu’une quête répétitive de la contemplation du reconnu.
« Je trouve que ça ne ressemble pas. »
Cependant ne voir qu’un autoportrait ultra réaliste face à une toile qui use de cette technique, peut omettre de lire le réel sujet de ce qui est représenté. On peut ainsi rater la profondeur obscure d’un sujet par exemple.
Filmer en haute définition la surface d’un lac paisible dans la quiétude d’une montagne ensoleillée, peut ne faire voir qu’un axe restreint de la scène, on reste alors dans cet angle fermé et on omet de voir sur le sujet véritable. Qu’en est-il du carnaval tumultueux de la danse sous-marine d’une centaine de poissons carnivores ? Dans le fond de ce lac.
Ou encore s’arrêter à la lecture frontale d’une peinture représentant un roi tyrannique suffit-il à nous apporter toutes les informations ? Si on en reste à cette constatation du vu, on peut omettre de lire dans les traits du visage de cet homme le signe d’une culpabilité qui cache une blessure intérieure liée au refoulement d’un désir doux et homosexuel.
On ne peut révéler tout dans la création, mais on peut en proposer 30 000 accès, des routes différentes vers des révélations interprétatives.
Ici, c’est ce trait qui nous donne à voir et qui ainsi nous propose…
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le trait précédemment évoqué dans L’acte créatif (2/4)